La Sérénissime
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Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

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Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

Message  Invité le Sam 3 Mar - 11:59

C’était Dimanche, Tizziano devait se lever tôt car c’était jour de confessions et de prières. Il n’avait clairement pas envie. Il faisait ça par éducation et parce que c’était dans les mœurs mais au fond de lui, s’il le pouvait, il n’irait pas. Mais la société n’était pas encore assez libertaire pour se permettre de se passer de l’Eglise.  Et même un libre-penseur ne pouvait y échapper. Les grandes idées n’étant encore qu’à leurs balbutiements, il était encore trop tôt pour faire changer les mentalités. Et il y aurait du monde à la basilique car le dogme catholique était encore bien trop ancré, telle une pieuvre tentaculaire qui tentait tant bien que mal de garder sa prépondérance qu’elle avait acquise depuis des temps immémoriaux. Mais les lumières s’éveillent et les sociétés changent en cette sortie du moyen-age. Pas assez vite pour le libertin qui peste chaque jour qu’il voit un éminent penseur finir au jugement divin.

Et c’est sûrement grossièrement les pensées que l’homme eu sur le chemin de la basilique, comme tous les dimanches lorsqu’il se rendait à la messe. Pensées tellement profondes qu’il en avait perdu, depuis bien des minutes, le comptage du temps. Quelle heure était-il ? Allait-il être en retard ? Qu’importe s’il était en retard, il y aurait du monde, la basilique serait bondée, comme tous les dimanches, alors ce ne serait pas trop grave. Il se faufilerait à l’intérieur, ni vu ni connu. Enfin, SI personne ne le reconnaissait. Car, il était plutôt connu en ville et était heureux que la messe soit le dimanche matin, car, comme ça, personne n’était levé assez tôt pour venir l’alpaguer dans la rue. Oui, car tous n’allaient pas à la messe. Il y avait beaucoup d’étrangers à Venise et ces étrangers n’étaient pas tous catholiques. Sans compter les gens de basse extraction qui ne pouvait se permettre d’être oisif même un dimanche et qui travaillaient d’arrache-pieds dans leurs ateliers. C’est que ça tapait déjà dur à cette heure matinale, Tizziano entendait les coups de marteaux en train de façonner de nouvelles architectures, les mouvements de scie préparant les échafaudages pour les peintres et autres coups joyeux du même genre.

Jusqu’à ce que les cloches sonnent… il était en retard. Il avait marché depuis le quartier de Santa Croce où il habitait et n’étaient plus qu’à quelques centaines de mètres de la Basilica Santa Maria du quartier de Dorsoduro. Et bien des choses le tracassaient et ce n’était pas simplement son éventuel retard. Etait-il présentable ? Sa longue crinière châtain épaisse et lisse avait été laissée libre. Un long drapé de laine épaisse et sombre lui tenait chaud. Lui qui ne portait qu’une chemise ample en lin de couleur naturelle et une veste de cuir courte. Drapé sans capuche qui tenait à l’aide d’une fibule simple en argent et dont il ramena les pans vers lui pour qu’une charrette passant dans la rue ne salisse pas son pantalon en toile épaisse noire qui tombait sur ses chausses de cuir. Mais le cinquième coup de cloche changea la donne, il devait se hâter, aussi commença t’il à trottiner alors qu’il ne lui restait plus qu’une cinquantaine de mètres à parcourir. Juste un carrefour où bifurquer, juste quelques marches à monter et il serait arrivé.

Comme il s’y attendait, il n’y avait personne dehors. Tous étaient déjà à l’intérieur. Posant sa main sur la poignée de la lourde porte de bois, il entra dans la basilique discrètement. Faisant un signe de croix en entrant puis alla se mettre à l’écart pour écouter la messe. Il était debout car il n’y avait plus de places assises disponibles. Ce qui l’arrangeait bien au final.

La messe dura une bonne heure et elle était en latin. Langue qu’il comprenait parfaitement lui qui parlait bien des langues. Anecdote qui ne put l’empêcher de sourire en voyant tout ces gens incapables de savoir ce que le curé était en train de dire. De toute manière, il était dos à eux et tourné vers le seigneur donc, ce n’était pas comme s’il en avait quelque chose à faire. Suite à la messe, il y eu l’ostie. En file indienne, ils y allèrent tous. Le dimanche n’étant qu’une succession de files indiennes plus ou moins longues. Suite à l’ostie, certains quittèrent les lieux et d’autres allèrent se confesser. Le vénitien allait toujours se confesser ensuite car il faisait bien des outrages au seigneur. Mais… cette fois-ci, il y avait trop de monde.

C’est ainsi que les bras croisés, attendant son tour, il entendit une femme prier dans une langue étrangère qu’il aimait beaucoup, le français. Fronçant les sourcils d’abord, il tourna son regard ensuite pour observer cette jeune femme. C’était une belle femme qui était dans une petite chapelle adjacente dédiée à Marie et dont il trouvait le ton de la voix agréable. Et l’exotisme de la langue ainsi que l’acoustique de la basilique rendait la chose bien plus plaisante à écouter. Il n’y avait pas grand-chose à voir, si ce n’est son joli profil, sa peau pâle et sa chevelure sombre. Mais c’était suffisant pour pousser l’homme à essayer un peu son accent français. Le seul souci étant qu’il devait se confesser. Que faire ? Au diable la confession, il s’était déjà confessé en milieu de semaine et il y avait bien trop de monde à son goût.

Abandonnant la file sous les regards appréciateurs des gens qui attendaient derrière lui, il entra dans la chapelle et s’approcha de la jeune femme attendant qu’elle en ai fini avec sa prière. Positionné sur son côté droit, quelques pas en arrière, il l’observait prier. Emplit de respect, il écoutait ses mots. Appréciant d’entendre du français à Venise. Puis, une fois qu’elle eu fini, il dit avec son accent italien et dans un français plutôt bon :

« C’est toujours aussi agréable que d’entendre la volupté du dialecte de vos aïeux. Puis-je me permettre d’interrompre vos prières pour croiser le fer avec vous dans votre langue natale ? Il y a bien longtemps que je n’ai pas pu parler votre langue. »

Finit-il en se déplaçant pour être à niveau du profil de la jeune femme, à un mètre d’elle, avant de finalement se présenter à elle, à l’aide d’une révérence éduquée. Retenant son drapé pour qu’il ne le gène pas lors de la révérence. La paume tendue vers elle :

« Tizziano Dascani. Mia Donna. »

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Re: Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

Message  Athena de Mersang le Dim 4 Mar - 13:15

Son regard azuré parcourt avec douceur les énormes vitraux. Ses petites mains se tendent vers les dessins et intérieurement elle lutte pour ne pas parcourir du bout des doigts les personnages qui ornent les murs. Une curiosité, une attirance se fait et comme à son habitude, la Muse ne peut en rien refouler ses émotions, aussi curieuses soient-elles… !
Un fin sourire vient se dessiner sur son visage angélique alors qu’elle se prend d’affection pour les scènes, toutes aussi uniques les unes que les autres. L’éternel remake de la bible qui se répercute d’un vitrail à un autre fait briller une lueur de joie dans son regard. Avec une imagination, certes débordante, elle calque les paroles du prêtre sur les gravures. Ses petites fantaisies mentales plongent la Douce dans une intrigue dont elle seule à les clés.

Ses paumes se tendent de plus belle alors que l’église commence à se remplir tout autour d’elle. Insensible au monde qui l’entoure, elle reste éternellement dans sa bulle, dans son monde. Seul le toussotement d’un viellard l’amène à s’extirper de ses pensées et c’est avec sagesse, qu’elle s’écarte de la foule oppressante se dirigeant légèrement à l’écart de celle-ci, réajustant au passage son épais manteau.


Un peu de calme en ces lieux, pensa-t-elle ! L’énorme brouhaha que produit la foule semble assourdissant, déplaisant, oppressant. D’un revers de la main, elle parcourt le banc poussiéreux avant de s’y asseoir. Les genoux accolés, les mains posées sagement en leur sommet, elle laisse son regard vagabonder de statuette en statuette. D’un vague coup d’œil, elle détaille aussi les personnes qui commencent à se presser dans l’église et un soupir franchit ses lèvres : tant de monde ! Tant d’inconnus ! Tant de langages différents, tant de vies différentes…
Reportant son attention sur l’imposante divinité, Athena ferme un maigre instant ses yeux et inspire calmement. Au-delà d’une simple prière et d’un simple moment de recueillement il s’agit pour la belle de reprendre ses esprits, de méditer sur la vie qu’elle mène. Peser le pour et le contre de ses idées, de ses actes.
Mais ses yeux n’ont de cesse que de s’entrouvrir. Puis de se refermer. Aujourd’hui, la jeune créature peine à rester concentrée et pour cause ! Une étrange sensation l’habite ! Une présence, un regard insistant fixe, ne l’a quitte pas. Cette sensation désagréable lui procure un horrible frisson. Parcourant son échine et l’ensemble de son duvet, le mal-être ne cesse de croître.
Elle soupire. Tente de reprendre ses esprits. De faire abstraction, tant bien que mal, de cette aberration. Se sent-elle si étrangère en ces lieux ? Se sent-elle tant mise à mal par cette foule qui ne cesse de croître et de s’étendre entre les parois peu étanches de l’église ?  
Nouveau soupir ! Ses yeux se ferment à nouveau.
Avec douceur ses mains viennent se croiser alors qu’elle murmure d’une voix à peine audible, semblant enfin omettre l’étrange sensation :
« Je te salue, Magdalayne,
Dame plaisant et debonnaire,
Dame de doulceur toute plaine,
Je te pri, entens mon affaire,
Que contemploies tu en la croix,
Quant le doulx aignel rachetoit
L’omme blecie en tous endrois,
Que l’ennemy fort combatoit… »


Avec pudeur, elle poursuit sa prière. Elle l’a ponctue de quelques souhaits insignifiants dont celui de rencontrer quelques français sur ces terres fraichement foulées. Lorsque-elle achève ce dernier souhait une voix résonne sur sa droite. Par surprise, elle rouvre immédiatement les yeux et se tourne d’un quart vers l’inconnu. Ses yeux détaillent la moindre parcelle de chair du bel homme, sans la moindre once de gêne. Des pieds à la tête, elle jauge l’inconnu qui lui souffle quelques mots dans un français presque parfait.

Un maigre instant béat, bouche bée, elle se contente de le regarder, de le lorgner. Un fin sourire vient progressivement marquer son visage et telle une enfant, elle se saisit de la main tendue en sa direction. A pleines mains, elle enserre celle tendue et souffle :

« Athena de Mersang. »

L’espoir d’un monde nouveau semble soudainement s’abattre sur la jeune femme. Relâchant avec douceur la main de l’homme, elle se déplace très légèrement sur le banc, désignant d’un revers de la main la place ainsi formée.

« Provenez-vous de France mon cher ? »

Ses yeux n’ont de cesse que de le scruter. Cette insistance, non feinte, témoigne de la fascination que Athena porte aux inconnus. Son envie d’en savoir plus, sa curiosité  exacerbée peut effrayer… Reprenant un semblant d’esprit, elle secoue négativement son doux visage et murmure d’une voix à peine audible pour ne pas déranger les personnes aux alentours :

« N’allez-vous donc pas suivre vos pairs ? Ils se précipitent à la rencontre du compteur d’histoires. »

Son menton désigne avec dédain toute cette populace qui se presse, sans la moindre once de pudeur à la recherche de l’ostie.

Ces quelques jours de solitude semblent la mettre en difficulté pour aborder le moindre sujet. Une multitude de questions lui brûle les lèvres mais la religion le lui en interdit. Faire preuve de pudeur, de sagesse. Être raisonnée, quoi qu’il en coûte. Elle ravale donc l’ensemble de ses questions et esquissant un nouveau sourire, se relève en prenant soin de fermer l’épais manteau qui orne ses épaules. La belle effectue un vague signe de la croix et c’est tout en délicatesse qu’elle s’écarte des bancs, plantant là le presque inconnu en laissant échapper quelques mots, de vagues excuses.

Oppressée et oppressante, elle s’écarte de tout ce beau monde qui marmonne des propos incompréhensibles aux yeux de la jeune créature !

Hélas pour elle, à la sortie semble l’attendre un ivrogne. Curieux hasard, celui-ci se dirige vers elle et s’agrippe à elle. Il trébuche et entraine dans sa chute le lourd manteau de la jeune femme.

Dévoilée ! Les voilages voguent au gré du vent à nouveau, laissant Athena pantoise durant un très maigre instant. Puis, l’instant d’après elle en vient à pester. Elle fulmine sous le regard médusé des passants. Avec l’effronterie qui la caractérise tant, elle contourne le pauvre homme délaissant son manteau au sol, rejette sa lourde tignasse en arrière et poursuit un semblant de chemin. Légèrement en retrait de la foule qui se presse désormais à la sortie de l’église, elle observe son bras balafré, griffé et lève les yeux au ciel exaspérée. Du bout des doigts, elle parcourt la plaie et hausse légèrement les épaules. Portant son attention sur les alentours, elle cherche son garde et se maudit intérieurement de lui avoir laissé un semblant de quartier libre.

D’une voix à peine audible, elle souffle haineusement :

« Quel fouille au train celui-ci ! »

Effectuant les cent pas devant l’église, elle attend avec nervosité l’arrivée de son cher et tendre ami. Elle n’en quitte pas pour autant du regard l’ivrogne qui semble à nouveau se précipiter dans sa direction.

Alors, spontanément, elle cherche le regard de l’Inconnu dans la foule. Avec dextérité, elle s’approche de sa personne et lance :
« Vous, ici ! Mon ami ! »

Et c’est avec toute sa spontanéité qu’elle en vient à saisir son visage et l’embrasser sur la joue, dans une accolade bien populaire ! Rebuté, l’ivrogne esquisse quelques pas en arrière laissant la Douce aux mains de Tizziano.
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Re: Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

Message  Invité le Lun 5 Mar - 0:30

Spoiler:
L’italien ne prêtait plus vraiment attention à l’architecture de la basilique, il la voyait toutes les semaines et c’était donc devenu peu à peu quelque chose faisant partie de l’arrière-plan. Le genre d’arrière-plan qu’on ne regarde plus. A l’image de cette foule massée, une foule pleine de couleurs, de saveurs linguistiques et de diversité qui ne ressemblait plus qu’à une masse grise, sans lumière, sans importance. Si bien que s’il y avait eu un regard insistant sur le dos de cette femme assise en train de prier, il ne l’aurait pas vu. Son regard à lui étant bien plus respectueux, discret, silencieux. A l’image des règles silencieuses qui hantaient ces murs. La bienséance, la décence, la discrétion. Une noble façon d’admirer une femme. Tizziano ne saurait pas lever une épée, il ne saurait pas non plus manipuler, car on ne peut pas tout savoir faire. Mais il y a des choses qu’il savait faire plus ou moins bien. Et il sentait bien qu’un sentiment d’oppression vivait dans le cœur de celle qu’il contemple. Mais il n’y prend pas vraiment garde pour le moment. Trop obnubilé par cette étrangeté qui le détaille sans une seule once de pudeur. Il ne sait pas ce qu’elle a prié, ni pourquoi elle fait cette tête depuis qu’il s’est présenté à elle. Mais son sourire le rassure, il sait qu’il ne la dérange pas.

L’écoutant, il apprécie la douceur de ses doigts fins et froids féminin contre les siens. Sa douceur le flatte et il s’installe à ses côtés, acceptant l’invitation. Elle lui demande s’il vient du Royaume de France. Il est tenté de rire mais il se rappelle qu’il est dans un lieu saint et se contente de sourire. Il se laisse imbiber par le parfum de cette femme et lui réponds simplement, posant son regard noisette sur ce regard qui le scrute avec douceur et curiosité. C’est qu’il aime cette insistance dans le regard, il en ressent comme une baume tentant de caresser son cœur.

« Non, Mia Donna. Je suis tout ce qu’il y a de plus Vénitien en ces murs. J’ai été baptisé ici. Cette basilique m’a vu naître et grandir. »

Mais  la conversation est difficile et il est presque attristé de voir cette curiosité s’éteindre sous les mains du seigneur. Grand maître rappelant à la pudeur, la droiture et la réserve. Il n’a pas le temps de regarder la foule qu’elle désigne du menton que déjà, après un sourire, il la regarde se lever, le caresser des effluves de son parfum dans le mouvement et des pans de son manteau. Pour finalement, disparaître. La belle s’éclipsant aussi vite qu’elle est apparu. Comme pour mieux frustrer le libertin. Il soupire, se redresse et se fond à son tour dans la masse pour tenter de la retrouver. Mais cela semble déjà bien trop tard car mille visages s’interposent, tous différents mais aucun lui ressemblant.

Poussant la lourde porte, il sort. A ses pieds un manteau. Un manteau qu’il reconnaît. Il se baisse, le ramasse. Il ne sait pas pourquoi il est au sol. Il hausse les épaules et finit par le caler sur son avant-bras puis descend les quelques marches pour aller sur le parvis. Tant de monde déjà à l’extérieur. Et un soleil qui inonde et réchauffe. Il plisse les yeux et reconnaît des amis, un capitaine marchand de son père et trois de ses compagnons. Venu pour prier le seigneur de leur offrir une bonne traversée, une mer calme et espérant  qu’il les guidera pour arriver à bon port. Il s’approche, ils l’accueillent de grands sourires.

« Hector, Fabbio ! Cela fait des mois ! »

Les hommes échangent, se serre les mains, s’enlacent amicalement. Ils lui parlent de leur dernière traversée. Des choses qu’ils ont vues. Ils font rêver le Vénitien avec leurs belles histoires. En échange, il leur parle des dernières soirées qu’il a organisé. Des riches idées qu’il a eu. Il veut savoir s’ils ont vu des sirènes. Tous nient de la tête avec une profonde déception sur le visage. Puis ils rigolent encore et toujours. Les blagues fusent, les sourires s’échangent. Jusqu’à ce qu’une voix féminine interpelle.

Mais lorsque Tizziano tourne le regard, il est déjà trop tard. Car avec dextérité, les mots qu’il entendit en français et qu’il fut le seul à comprendre vinrent l’assaillir. Le même parfum vient hanter ses narines. La même douceur vient assaillir avec légèreté son visage, faisant frissonner son cou, sa nuque. Bon dieu, qu'il aime ces mains fines. Il sursaute presque alors que ses douces et savoureuses lèvres viennent embrasser sa joue. Le libertin pose ses mains sur ses hanches, il est pris au dépourvu. Pris par la stupeur et la vitesse de l’action. Puis fini par voir un homme titubant s’éloigner.

Puis, les secondes passent. A mesure que le temps passe, il reprend ses esprits et la tient plus fermement. Gardant ses mains sur ses hanches comme un homme le ferait pour rassurer une jeune femme. Car il a bien vu son oppression lui éclater au visage. Et lorsque ses lèvres se détachent, envahit de frissons, tendu sur le haut du buste, il lui sourit en coin et pose son regard à nouveau sur le sien en disant en français, avec son accent italien :

« Vous, Athena. Vous revoilà, donc. Calmez-vous. Il s’en va. »

Il la garde dans ses bras un instant, il lui demande si elle parle italien, elle ne semble pas pouvoir. Il la présente à ses amis puis lui présente Fabbio et Hector en français.  

« Voici, Fabbio Et Hector. Deux marins de leur équipage aussi, là bas. Ils prennent soin des cargaisons de mon père. Signor Dascani est un marchand influent à Venise. Ils sont sur le départ. Ils vont à Acre échanger avec les caravanes du désert. »

« Salve. Donna De Mersang. »

Réponds Hector en inclinant la tête. Puis Hector explique à Tizziano qu’ils doivent y aller. Le jeune homme se détache d’Athena pour faire une accolade à ses amis et leur souhaiter bon vent en italien. Il remarque enfin la tenue de la belle et ses voilures pleines d’indécences. Mais il n'y prête pas attention de suite. Il lui propose son manteau montrant qu’il l’a récupéré par terre. Puis, propose son bras à la jeune femme pour lui proposer de s’éloigner un peu de cette foule qui semble l'opresser.

Marchant, un garde finit par s’interposer. Elle semble le connaître et Tizziano incline la tête pour le saluer. Il semble hâtif. Comme s’il avait laissé sa maîtresse trop longtemps toute seule. Tizziano lui dit en français, ne sachant pas trop si il parle italien :

« Point de soucis, cher ami. J’en ai pris soin. Il y a un homme qui semblait être attiré par votre dame. Vous feriez mieux de garder un œil sur la foule. Il pourrait revenir. »

Dit-il avant de poser son regard à nouveau sur Athena en lui disant :

« Voilà, c’est ici que nos chemins nous séparent. Vous avez retrouvé votre protecteur. Vous avez sûrement des choses à faire. Pour ma part, c’est Dimanche, donc, je n’ai rien à faire. Si vous le désirez, je peux encore vous tenir un peu compagnie. Sinon, Ciao Mia Bella ! »

Dit-il décrochant avec regret son bras du sien pour la confier au bras du garde. Jetant un dernier regard sur ses voilages avant de finalement le reposer sur ses yeux. Son regard doux montre combien il a envie de rester encore un peu avec elle. Attiré comme un papillon dans sa toile, à cause du ton de sa voix, de l’exotisme de son dialecte et de la douceur féminine émanant de son visage et de son parfum. Mais ce ressort n’est plus entre ses mains.

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Re: Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

Message  Athena de Mersang le Lun 5 Mar - 11:16

Les mains du bel homme, plaquées sur ses hanches, semblent calmer toute sa spontanéité débordante. Sa respiration s’apaise, ses mains jusque alors tremblotantes cessent et d’un regard jeté par-dessus l’épaule de son compagnon d’infortune, elle constate la fuite de l’Ivrogne. L’ensemble s’accorde avec les propos de l’Italien et aussitôt la belle se voit rassurée.

Elle acquiesce d’un vague signe de la tête les propos, tout en reportant son attention sur le groupuscule.
Parler italien ! Un rêve pour la jeune femme ! Elle n’en dit cependant pas grand-chose, ne souhaitant guère être plus invasive qu’elle n’a su déjà l’être. Les présentations se font, elle approuve et esquisse un vague sourire, soufflant qu’elle aussi est ravie de faire leur connaissance.
Intérieurement, la Douce prend note des présentations.
Son bel italien a donc un père relativement influent sur les marchés de Venise… Son sourire s’élargit à cette simple idée car voici qu’en plus d’avoir une aisance certaine pour le français, Tizziano a aussi des possessions. Et donc des revenus. Il n’est donc pas simple homme du petit peuple, non ! Lui aussi fait partie de cette caste où l’argent tient une place importante… !

Jusque alors accolés, Tizziano se détache de l’accolade. Presque machinalement, Athena tend fébrilement ses doigts fins vers lui : part-il lui aussi ? Doit-il lui aussi s’absenter ? Elle les observe se saluer et son sourire n’a de cesse que de s’agrandir, prise de fascination une fois encore pour l’Etranger.
Puis la conversation dérive, amène à parler du manteau qui orne l’avant-bras de Tizziano. Il lui propose de s’en saisir et de s’en revêtir. Son sourire s’efface légèrement alors qu’elle s'en empare par les épaulettes pour en observer l’état général. Son visage se secoue négativement et une fois encore ses manières bourgeoises et agaçantes reprennent le dessus : elle délaisse le dit manteau au bon milieu du chemin, venant se cramponner à nouveau au bras de l’homme.
En justificatif, elle souffle :
« Je ne préfère guère m’en revêtir. Les pieds boueux de ces vilains ont piétiné mon beau manteau. Cela dit, je vous remercie. »

Les yeux fixés sur le presque Inconnu, Athena ne prend plus en compte le chemin parcouru. Elle se laisse guider, au gré des émotions et des envies de l’Italien. Son visage de poupon continue de s’extasier devant l’Inconnu et son français, continue de s’extasier devant son accent, ses mimiques et pour la première fois depuis son arrivée à Venise, la Muse se sent importante. Se sent femme, se sent belle, se sent elle-même. Ce semblant de renouveau la rend déjà fanatique, captivée. Hors de question de le laisser s’échapper ! Pas avant qu’elle puisse en apprendre encore plus sur lui, sur ses richesses, sur sa famille et qu’ils aient pu échanger autour d’un bon repas !

Sans prévenir, Guilain leur barre le chemin. Athena est ramenée soudainement à la réalité, extirpée de ses pensées. Son regard jusque alors pétillant se fait noir et se pose sur le garde alors que celui-ci s’agite, s’agace, s’entête sans prévenir et semble presque s’emporter !
Immédiatement et spontanément, Tizziano prend la parole. Il prévient vaguement le garde sur l’éventuelle venue à nouveau de l’ivrogne et ajoute, en la direction de la jeune femme :

« Voilà, c’est ici que nos chemins nous séparent. Vous avez retrouvé votre protecteur. Vous avez sûrement des choses à faire. Pour ma part, c’est Dimanche, donc, je n’ai rien à faire. Si vous le désirez, je peux encore vous tenir un peu compagnie. Sinon, Ciao Mia Bella ! »

Spontanément, la bourgeoise souffle :
« Non ! » Elle l’observe, les bras ballants alors que son garde s’approche d’elle pour se saisir de son bras. Elle le chasse d’un vague revers de la main et ajoute, à l’intention de Tizziano :
« Restez. » Collante à souhait, elle joint le geste à la parole et se saisit à nouveau de son bras. Son garde, obnubilé par la situation, ne pipe le moindre mot. A son intention, la créature lance :
« Je ne sais guère où tu vaquais mais retourne-y. Ton attention est d’avantage un fardeau qu’une bénédiction ces temps-ci Guilain.»

Et ne présentant pas le bas peuple à son bourgeois préféré, Athena reprend la dance et invite Tizziano, d’une légère pression sur le bras qu’elle enserre, à reprendre la marche.
De sa voix douce, elle le questionne spontanément comme on le ferait avec un vieil ami perdu de vue :
« Où logez-vous ? » l’intérêt qu’elle lui porte est probablement flatteur. En tous points il semble que l’intérêt porté est sincère... Mais risque t-il de devenir dévastateur par la suite ?

Un pas est esquissé, puis un autre et une nouvelle question fait son apparition :
« Je ne souhaite guère être indiscrète dans mon questionnement mais comprenez… » Elle marque une petite pause et dévore à nouveau son visage du regard. Reprenant à mi-voix, lui offrant ainsi l’une de ses plus jolies confidence : « … vous êtes le premier à croiser mon chemin et surtout à parler français… Où avez-vous appris notre jargon ? Aidez-vous votre père au port ? Que faites-vous au quotidien mon brave ? »

De sa main libre elle réajuste très légèrement l’un de ses voilages et en accord avec ce simple geste ses joues se teintent très légèrement de rose. Rayonnante à ses côtés, elle ne faiblit pas au fil des pas et au contraire se fait de plus en plus intimiste dans ses questions.
Il mène la balade de courtoisie, elle semble mener peu à peu la danse qui se joue entre eux. Ni l’un ni l’autre ne semble prendre l’avantage jusque alors...Cependant, Athena en vient à trancher après plusieurs minutes certaines de marche :
« Souhaiteriez-vous partager un breuvage, un repas en ma compagnie ? »
D’un vague mouvement du menton elle désigne le soleil qui se distance de plus en plus et le ciel qui s’assombrit foncièrement : le temps se couvre ! Il est grand temps de se mettre à l'abri.
« Guilain est probablement au chaud à l’heure qu’il est. Et je pense qu’il est souhaitable de m’accompagner jusque à mon humble demeure... Je suis si seule après tout. »

Jouer sur la corde sensible, titiller sa sensibilité et ses éventuelles émotions…
La Douce ne reprendrait-elle pas la main dans le doux combat qui se joue entre-eux ?
Piège-ouvert !
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Re: Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

Message  Invité le Lun 5 Mar - 20:02

Le Vénitien ne saisit pas encore pourquoi mais il se sent comme sur un nuage en compagnie de cette Francaise. Tout n’était que moments agréables et plaisants. Il avait particulièrement aimé la sentir s’apaiser grâce et entre ses bras rassurants. De la voir heureuse et enjouée de faire connaissance avec ses compagnons Vénitiens. De la sentir, fébrile, cherchant à le retenir lorsqu’il se détache d’elle pour saluer ses amis, comme s’il allait disparaître d’un coup. Il reste pourtant dérouté à propos du manteau. Certes, lui qui prenait grand soin de son apparence n’aurait pas remis ce manteau sûrement un peu sale mais il ne l’aurait pas non plus laissé au milieu de la rue. Il l’aurait laissé sur le rebord d’une fenêtre ou sur un banc. Mais ce qu’elle lui souffle est compréhensible et il acquiesce se disant qu’au pire, quelqu’un dans le besoin le ramasserait assez vite. Il faut dire aussi que sa manière de se cramponner à son bras, de s’extasier à propos de tout ce qui touche le Vénitien, de près ou de loin, flatte son ego. Lui qui apprécie de voir cette femme rayonner à son bras. Si bien qu’il en frissonne, qu’il regrette déjà de l’avoir lâchée. Et l’entendre insister pour qu’il reste le soulage. Il avait fait ca par éducation, par galanterie et par gentillesse mais au fond de lui, il ne désirait pas vraiment la lâcher.

Il se souvient de son geste lent chassant son garde alors qu’elle vient saisir son bras. Au fond de lui, il essaie de se convaincre  de se calmer. Mais la légère pression féminine qui l’enserre et l’invite à reprendre la marche l’en empêche. « Ce n’est qu’une femme, bon dieu ! Une bien belle femme, douce, attirante, étrangère qui plus est ! Mais ca ne reste qu’une femme ! Elle va te dévorer ! Ne lui donne pas trop tout de suite. Essaie de la décourager ! » Se dit-il à lui-même alors que la conversation reprends. Il la regarde, elle veut savoir où il habite. Elle semble sincère, peut être est-elle simplement attirée par son accent italien ? Il a cette réaction au fond de lui qu’on aurait si on devait hausser les épaules, comme si cela ne lui coûtait rien de lui donner cette information alors, il lui donne :

« Je vis dans le quartier de Santa Croce. Dans mes … comment on dit déjà… mai…»
« chiasso ! » Peste-t'il en italien avant de se reprendre. « Villa en latin. Dans une Villa vénitienne. Scuzie, Mia Donna. »

Son français n’est pas parfait et il y a quelques mots qui lui échappent. Et il jure en italien alors qu’il répond à ses questions avec les mains. Beaucoup de gestes de son bras libre, sa main virevoltant dans les airs, c’est comme ça qu’on parle ici. Il n’en reste pas moins flatté par la suite. Elle est curieuse, elle veut en savoir plus. Il attend qu’elle a fini ses questions et les mémorisent. Il réfléchit, se disant qu’elle doit se sentir bien seule depuis qu’elle est arrivée ici si elle ne parle pas la langue locale. Il posa sa main sur celle qui s’accroche à son bras, avec douceur et lui sourit avant de répondre simplement :

« J’ai reçu une éducation de marchand. On m’a enseigné le français, le latin, l’espagnol, le germain, l’anglois et je me débrouille avec quelques langues plus mineures comme le polonais… J’ai toujours eu des facilités avec les langues et une fois qu’on commence à parler deux trois langues latines et saxonnes, le reste devient assez facile. »

Et pour lui montrer, il lui dit alors qu’ils s’arrêtent une énième fois, dans un espagnol doux et calme. Le regard posé légèrement sur elle :

« J’ai, à mon bras, l’étoile la plus rayonnante des cieux. »

Puis, il finit par un clin d’œil secret. Car même si elle lui demande, il ne lui dirait pas la signification de ses mots. Ses questions assaillent son esprit. Il n’a pas répondu à tout. Il lui explique pour le reste simplement, reprenant le français :

« Je fais mille choses. Il n’y a pas assez de lumière sur ce monde pour pouvoir satisfaire toutes mes activités. Navré, il faudra bien plus d’un rendez-vous si vous comptez vraiment assouvir cette curiosité ci. »

Tizziano se rappelle qu'il veut la décourager. Voir si sa curiosité est sincère. Et se dit que sa vie de libertin aux mœurs légers devrait bien la refroidir. Surtout qu'il ne travaille pas et vit simplement de ses rentes. Mais il ne veut pas tout lui révéler de suite et il ne lui dira rien de son combat secret. Il a le devoir de la protéger et de protéger ses compagnons. Pas maintenant, pas tant qu'il n'aura pas confiance en elle. Il lui explique juste qu'il aide son père de temps à autres quand ce dernier a besoin d'une personne de confiance sur une affaire douteuse  mais que ce n'est pas son activité première et que le reste du temps, il ne fait rien. Qu'il consacre ce temps à des activités bien plus libertaires et dépensières, liées aux Arts, aux loisirs, comme la plupart des gens vivant dans ce siècle où l'Art rayonne. Il connait les femmes, avec ça, elle devrait être bien découragée. Puis, lui aussi a nombre de questions. Elle semble avide de curiosité, insatiable à son égard. Il a maintenant l’impression qu’elle saura bientôt tout de lui et telle une muse disparaîtra d’un coup ! Il veut garder une certaine égalité dans leurs échanges et n’a rien contre l’idée d’être intimiste avec elle. Il acquiesce donc à sa dernière question : « Avec grand plaisir, Athena. ». Il regarde le temps se couvrir et grimace légèrement en contractant les joues. Il l’écoute lui proposer de la raccompagner chez elle. Elle insiste sur le fait d’être seule. Il en déduit qu’elle n’a pas de mari qui l’attends. Et la corde jouée tire sur son cœur.

« Où vivez-vous ? »

S’arrêtant, il décroche sa fibule et enlève son drapé de laine épaisse, imprégné de sa délicate chaleur masculine, son odeur à lui, pour le poser sur les épaules de sa cavalière de marche. Par galanterie et gentillesse, par volonté de prendre soin d’elle. Le vénitien apprends qu’elle habite à la guidecca, cela fait une trotte. Il fixe la fibule.  Et la reprends à son bras l'invitant à continuer :

«Si nous devons aller à la Guidecca, cela va prendre du temps et il va pleuvoir. Il ne faudrait pas que vous attrapiez froid. Je me contenterais de ma veste en cuir. »

Dit-il reprenant la marche, la guidant, lui qui sait où ils doivent aller. Cela l’arrange d’aller à la Guidecca. La conversation reprend le temps qu’ils s’approchent des gondoles. Il lui montre quelques architectures, quelques belles boiseries. C’est à son tour de poser les questions, d’assouvir sa curiosité.

« Que faites-vous si loin de chez vous ? Il est rare de voir une femme seule à Venise. Parlez-moi de vous, un peu. Si vous le voulez bien. »

Approchant des embarcations, il paie un navigateur pour les emmener à la Guidecca. Avec galanterie, il aide Athena à monter à bord avant de finalement y monter lui-même et de s’asseoir à ses côtés. Il jette un regard lointain et rêveur sur la lagune. Aucune chance d’apercevoir sa sirène d’ici. Mais cela lui rappelle ce qu’il doit faire demain. Il écoute sa compagne, ils échangent le temps de la traversée. Il a envie de l’enlacer alors il glisse son bras dans son dos, lui offrant son soutien, son épaule. Après tout, la traversée a quelque chose de romantique en gondole. Puis, il laisse le silence s’installer alors qu’ils profitent du paysage, du voyage apaisant sur l’eau.

« J’ai toujours l’impression de voguer sur le Styx quand je traverse en gondole. C’est si silencieux. »

Finalement, les côtes de la guidecca indiquent que la quiétude est terminée. L’embarcation s’arrête mollement contre la berge. Tizziano aide sa partenaire à se redresser, à descendre à terre, sur le sol pierreux. Puis, il pose ses mains sur ses hanches avec douceur. Et lui sourit en lui disant :

« Maintenant, c’est à vous de me guider. Je ne sais pas où vous habitez. »

Finit-il avant de proposer son bras à nouveau.

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Re: Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

Message  Athena de Mersang le Sam 24 Mar - 23:11

Une dame censée ne devrait-elle pas prendre peur face à l’inconnu ? Une dame censée ne devrait-elle donc pas se montrer dans la juste mesure, dans un semblant de réflexion face à l’inconnu ?

Athena bouscule le bon sens et s’entiche du pauvre homme. Elle s’éprend de lui jusque à l’étouffer, jusque à accaparer ses pensées les plus saugrenues. Sa présence ne suffit plus, voilà qu’elle le questionne, ne cesse de s’intéresser à lui et petit à petit s’immisce, s’introduit sournoisement dans son esprit. Elle parvient à piquer sa curiosité, à juste dose : de quoi l’intriguer, de quoi le maintenir en haleine sans pour autant le lasser. Une dextérité pesante qui ne cesse de tournoyer autour de sa proie. A l’image d’une araignée, la belle tisse fil après fil, question après question la toile doucereuse de ses bras : la voilà à nouveau accrochée au bras du pauvre homme ! Suspendue à ses lèvres, à ses réponses, elle l'écoute et se nourrit de ses dires.

Il habite dans une villa ? Ses yeux pétillent aussitôt de joie : villa, ville… La similitude est si proche qu’elle le prend soudainement pour le possesseur de la ville ! Elle l’imagine riche à souhait et un fin sourire gourmand se dessine sur ses lèvres. La presque gourgandine balaye ses propos dans une langue étrangère d’un vague revers de la main et laisse échapper un rire cristallin, faux. Atrocement faux et pourtant plaisant à l’oreille ! Une dualité constante se dresse face au pauvre homme : des sourires en demi-teinte, des gestes tendres qui marquent pourtant déjà une certaine possession et une multitude de regards appuyés, dirigés, souhaitant amener l’inconnu à faillir, faiblir pour elle et ses questions.

Obtient-elle réponse à toutes ces dernières ? Qu’importe ! L’essentiel est d’en savoir juste assez sur sa richesse, juste assez pour trouver un allié de la haute, une étoile au bon milieu de ce champ de pouilleux. Elle acquiesce, ils échangent jusque à la question fatidique… !
« Que faites-vous si loin de chez vous ? Il est rare de voir une femme seule à Venise. Parlez-moi de vous, un peu. Si vous le voulez bien. »

Sa bouche s’entre-ouvre légèrement. Elle semble chercher les mots justes durant un maigre instant, les plongeant dans un horrible silence. La douce finit par lancer :
« Je n’ai aucun lien affectif en France. Je pars donc conquérir Venise et ses braves gens. Le commerce m’attire. J’ai envie d’apprendre. »
Elle se retient de ponctuer d’avantage sa phrase. Qu’il apprenne donc à la connaître au fil des jours !
Ensemble, ils embarquent. Au gré de la traversée, ils échangent et elle se surprend à ne plus vouloir le laisser s’échapper. C’est sa proie désormais. Et la bourgeoise semble déterminée à percer tous ses secrets ! Même les plus insoupçonnés… !
« Maintenant, c’est à vous de me guider. Je ne sais pas où vous habitez. »

Son bras se tend à nouveau et elle s’en saisit en esquissant un sourire :
« Vous êtes d’une galanterie sans pareille ! Je vous en remercie…»

La jeune créature esquisse quelques pas et désigne ici et là de vieux bâtiments :
« Tard le soir, il n’est pas bon de roder par ici paraît-il. Des brigands n’hésitent pas à s’emparer de ce que vous portez. »

Ses frêles épaules se rehaussent très légèrement. Sous-entend-elle que le libertin doive coucher chez elle ? Sous-entend-elle qu’il risque de ne plus quitter son humble demeure une fois qu’ils l’auront atteinte ? Un fin sourire innocent se dessine sur sa bouche pulpeuse : mystère !
Très rapidement, ils parviennent à destination. Le seuil de la porte est franchit. Des pièces bien agencées d’une décoration vieillotte se dessinent. La maison manque de rafraîchissement mais il semble faire bon d’y vivre et une certaine chaleur émane des pièces à vivre. Tout est intimiste, tout prête à la rencontre et à l’envie de s’éterniser en ces lieux, de la lumière à la décoration, de l'odeur, aux ombrages...

Sans prévenir, Athena se défait de la cape qui enserrait jusque alors ses épaules et l’a dépose à même la grande table en bois qui orne la pièce principale. D’une voix mielleuse, elle sonne son garde et celui-ci accourt, vraisemblablement présent depuis bien des heures à la demeure.
Il observe Tizziano et fronce légèrement les sourcils. Mais il ne pipe mot et attend que sa dame parle. Ce qu’elle ne tarde pas à faire, annonçant la couleur des faits :
« J’aimerais que tu t’occupes du repas de ce soir. Ton comportement vis-à-vis de moi a été déplorable. Je demande donc à ce que tu te fasses pardonner de la sorte. »

Exigeante, elle croise ses bras sur sa poitrine et attend que son larbin parte faire le dîner. Les secondes défilent alors qu’elle ne scille pas, ne bougeant pas d’un iota. Sortant enfin de son mutisme, elle désigne d'un mouvement du menton l'énorme table en bois, encadrée d'une multitude de chaises et lance un sourire aux lèvres :
« Vin rouge ? Vin français ? Cela vous convient-il ? »

Athena sait-elle seulement boire avec raison ? De sa démarche joyeuse, elle se dirige vers un semblant de placard. Elle en extirpe une bouteille ainsi que deux verres. Sous le faible éclairage elle observe les deux verres dont elle s’est saisie. La propreté des contenants semble lui plaire et avec délicatesse, elle retire le bouchon de la bouteille. Elle en hume le parfum et affiche un nouveau sourire vraisemblablement satisfaite de sa trouvaille. Sans laisser le choix à son invité, Athena dépose les dits verres sur la table et verse le précieux nectar au sein de l'un des verres. Du bout des doigts, elle lui tend son dû et se sert à son tour. Solennellement, elle annonce :
« A notre rencontre. »
Le verre rencontre celui du pauvre homme scellant un destin quelque peu houleux en la compagnie de Athena. Mais ça, il l’apprendra bien plus tard… !
Reprenant sagement sa place face à son invité, la douce croise ses longues jambes et ramène les voilages au plus près de sa peau, laissant croire à un semblant de pudeur. Faisant tournoyer le vin au sein du verre, la Douce laisse à nouveau le silence planer entre eux deux. Les minutes s'écoulent et elle sait qu'elle s'accapare ainsi de son attention : le mutisme attire, le mutisme intrigue... Le regard planté dans le contenu du verre, elle brise le silence et souffle avec innocence :
« Restez aussi longtemps que vous le souhaitez ici. Ma demeure est grande. Et nous ne sommes que deux avec Guilain. Comprenez donc qu’un peu de compagnie ne me dérange point… Je comprendrais cependant votre refus. Notamment si une dame quelconque vous attend ? » sa phrase se termine en une interrogation. Rien ne semble déplacé, tout semble pesé, pensé pour amener l’inconnu à se confier. Dès lors que son verre se termine, la Curieuse n’hésite pas à le resservir et oublie par mégarde de remplir son propre verre.

Va-t-il tomber dans le piège ?
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Re: Dal francese alla basilica (Athena)(terminé)(soldé)

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